La séquence électorale de 2017 a été source de questionnements mais riche d’enseignements. En France, elle a vu l’effondrement et la marginalisation des partis traditionnels, à droite comme à gauche, au profit de la montée des conservatismes, illustrée par l’opposition tranchée des modèles de société, et un retour à la figure messianique en politique, dont Mélenchon et Macron ont su habilement jouer.
La géographie mentale des idées politiques s’est également recomposée, du moins en apparence. L’espace politique traditionnellement dévolu au centre a été préempté par Emmanuel Macron, aux prix de nombreuses ambiguïtés dans son discours et son projet. De prime abord, Macron semble sans véritable opposition : la gauche est durablement divisée et la droite soumise aux tensions qu’exercent, d’un côté, l’attraction macroniste sur une partie de ses représentants (les « Constructifs »), de l’autre l’effort de l’aile la plus conservatrice qui milite pour repositionner les Républicains sur les thèmes de la droite dure.
Ailleurs en Europe, presque toutes les formations qui se revendiquent de la social-démocratie sont à la peine. Cet affaiblissement semble directement lié à la crise du projet politique social européen. Le Brexit, la dérive autoritaire qui emporte la Pologne et la Hongrie, la crise des réfugiés sont autant de symptômes qui trahissent la panne du projet européen et l’affaiblissement de ce qui pouvait apparaître, encore récemment, comme un pôle d’ordre, de stabilité et d’émancipation. La construction économique et monétaire de l’Europe, qui a été sa force motrice durant des décennies, pave aujourd’hui la route de sa fin prochaine, si rien n’est fait pour raviver les idéaux de solidarité, de confiance, d’optimisme et d’avenir qui ont habité les pères fondateurs de cette idée fraternelle.
Face à ce constat, au Parti Socialiste, nous avons fait le choix de nous opposer à la politique d’Emmanuel Macron et de nous refonder.
– s’opposer, pourquoi ?
En effet, nous nous sommes opposés aux premières décisions gouvernementales car elles ne vont pas dans le sens de la justice sociale et territoriale.
Nous retenons la baisse des aides au logement qui va toucher les étudiant.e.s et les ménages modestes, la réforme du compte pénibilité, qui remet en cause une partie du dispositif et supprime les financements prévus, la diminution des crédits pour les territoires ruraux et la politique de la ville, la suppression massive et brutale des contrats aidés qui va affaiblir les services publics de proximité et les associations, la hausse à venir de 1,7 point de la CSG sur les revenus du travail ainsi que sur les retraités, la suppression de l’impôt sur la fortune transformé en impôt sur la fortune immobilière (coût supérieur à 3 Mds€ pour l’État), enfin, le prélèvement forfaitaire unique de 30% applicable à tous les revenus du capital (« flat tax ») (coût pour l’État : 1,3 Md€).
Dans ce contexte, les citoyen.ne.s de notre pays ont des attentes fortes. À tous les niveaux de l’action politique, nous avons besoin de réaffirmer les valeurs qui font l’idéal et l’engagement des socialistes : valeurs démocratiques, laïques, sociales, écologiques, décentralisatrices, européennes, internationalistes.
– Une Refondation pour quoi faire ?
Le Parti socialiste est à un tournant de son histoire. L’enjeu de la refondation, c’est celui de l’avenir du socialisme. Refonder, ce n’est pas seulement ravaler la façade, c’est, au sens littéral, reprendre les fondations pour tout reconstruire.
Nous avons une responsabilité envers celles et ceux qui restent et qui sont profondément attaché.e.s à ce parti car ils/elles ont une longue tradition militante. Nous avons aussi une responsabilité envers toutes celles et tous ceux pour qui le socialisme porte l’espoir d’une alternative et demain d’une alternance.
La refondation exige de comprendre les révolutions en cours, numérique et écologique. Elle exige également de repenser d’urgence la mondialisation et de réguler le capitalisme financier facteur d’aggravation des inégalités et de destructions écologiques.
Nous sommes pour un Parti socialiste fidèle à son identité et à ses valeurs, ouvert à la société civile, au monde associatif et syndical.
Nous sommes pour une gauche transformatrice.
Notre parti doit se refonder au niveau de l’organisation, de la stratégie et des valeurs pour construire l’alternative au néolibéralisme autoritaire, combattre le nationalisme, rebâtir un humanisme attentif aux individus et qui les mobilise pour faire société :
1/ L’organisation actuelle du Parti socialiste est trop centralisée et pyramidale. Les militants aspirent à davantage d’horizontalité et de proximité.
En effet, le Conseil National, parlement du parti, ne joue pas pleinement son rôle. Certaines fédérations ne se sentent pas entendues tandis que d’autres décident presque seules des grandes orientations. Les fédérations doivent pouvoir se structurer en fonction de leurs particularités locales et il est urgent de réfléchir à un échelon intermédiaire régional. Trop de décisions relatives à la ligne politique ou aux investitures tombent comme un couperet et sont vécues comme une violence par les militants.
L’organisation du Parti doit respecter le principe de séparation des pouvoirs et les militant.e.s doivent être assuré.e.s, en cas de conflit, que leur cas sera examiné suivant des règles claires et transparentes, par une autorité indépendante, en dehors de tout conflit d’intérêts.
Enfin, les règles d’adhésion et de cotisation doivent être les mêmes pour tous, militant.e.s et élu.e.s.
2/ La stratégie de la refondation doit reposer sur le rassemblement du peuple de gauche. Sa voie ne peut se résumer à la synthèse des positions des autres partis, ni être le résultat d’idées contradictoires.
Le Parti socialiste a vocation à rassembler et non à se diluer. Pour être constructive, la refondation doit se mener dans la clarté des idées et des engagements. Nous refusons de nous laisser absorber par le macronisme à droite ou le mélenchonisme à gauche.
Nul ne peut être exclu, a priori, de ce processus de refondation s’il en partage les objectifs, mais nul ne peut y participer s’il est déjà engagé dans une autre formation.
Évidemment nous n’écartons ni les alliances, ni les coalitions sur des projets, mais pour qu’il y ait projet commun il faut que le Parti socialiste ait un projet à défendre.
3/ Pour ce qui est de la doctrine et des valeurs :
A- Fidèles à nos valeurs, nous voulons un socialisme humaniste, écologiste et européen.
Nous voulons incarner une gauche réaliste et humaniste, parce qu’aller à l’idéal ne nous exonère pas de comprendre le réel et de nous y confronter. Nous voulons mettre notre culture de gouvernement au service d’une vision de la société juste, solidaire et écologique.
Ensuite, nous pensons que notre dessein voire notre destin est européen : nous voulons relancer la construction d’une Europe plus solidaire, plus unie et plus démocratique. Il s’agit d’un enjeu majeur pour notre formation.
Enfin, le parti issu de la refondation doit être à la fois socialiste et écologiste. Il ne s’agit non pas pour nous d’aligner simplement ces deux mots. Nous souhaitons « écologiser » le socialisme, parce que l’avenir de l’humanité ne peut plus s’envisager sans penser à l’avenir de la planète, parce que l’humanisme du XXIe siècle sera écologiste ou ne sera pas. D’ailleurs, l’écologie nous en avons fait notre doctrine lors de la rédaction de la charte en 2014.
B- Le socialisme a un avenir parce qu’il a une histoire.
Nous affirmons que le mot « socialisme » doit rester notre étendard.
Le futur intitulé du parti ne saurait faire l’impasse sur cette histoire du socialisme au nom d’une vague conception de la gauche moderne.
Ce n’est pas l’idéal qu’il faut questionner mais la forme, les moyens et les méthodes d’un parti au XXIe siècle. Les nouvelles technologies nous offrent de formidables outils d’analyse, d’organisation et de communication : sachons nous en saisir et les mettre au service de notre formation.
C- La nouvelle formation doit porter une nouvelle République plus décentralisée, plus participative et plus solidaire.
La République reste le meilleur moyen d’expression de la démocratie. Mais une république centralisée, soumise à un homme providentiel, ne répond plus aux attentes des citoyen.ne.s qui réclament davantage d’horizontalité. Il est nécessaire de rapprocher les citoyen.ne.s des lieux de décision comme il est nécessaire de décentraliser les lieux de pouvoir.
La « révolution décentralisatrice » est le moyen d’atteindre ce double objectif.
D- Enfin, il nous semble primordial d’aborder le sujet de l’inclusion et de l’égalité entre les femmes et les hommes.
Ces derniers mois, de nombreuses femmes ont décidé de briser le silence sur la question du harcèlement et du viol. Ces témoignages ont heurté de plein fouet notre organisation, qui avait pourtant fait de la question des droits des femmes une priorité. La parole de ces femmes a permis de mettre en relief tout le chemin qu’il nous reste encore à parcourir pour parvenir à l’égalité réelle. Les inégalités perdurent encore dans de nombreux aspects de la vie professionnelle et personnelle des femmes et les placent dans une situation de fragilité.
C’est à nous de lutter pour rendre l’égalité salariale effective.
C’est à nous d’œuvrer pour que la conciliation entre vies familiale et professionnelle soit rendue possible.
C’est notre devoir de nous ériger contre la reproduction encore courante de préjugés sexistes et contre toutes les violences sexistes et sexuelles.
En tenant compte de ces considérations, ce congrès ne peut passer à côté de la question de l’égalité entre les femmes et les hommes. Les militant.e.s ne comprendraient pas que notre formation, secouée comme elle l’a été, n’en tire pas toutes les conséquences. Le Parti socialiste doit non seulement se réformer pour prévenir ces comportements et protéger les victimes mais il doit également être à l’avant-garde sur toutes les questions qui concernent les discriminations en raison du genre, de l’orientation sexuelle, de l’origine… Nous devons concevoir chacune de nos propositions sous le prisme de l’égalité entre les femmes et les hommes. En outre, les statuts doivent prévoir une répartition équitable des responsabilités au-delà de la simple application du principe de parité. Il n’est pas normal de continuer à confier aux hommes des fonctions de pilotage, de trésorerie ou les questions économiques, alors qu’on réserve souvent aux femmes des thèmes comme la santé, le social ou la famille. La prise en compte de tous ces éléments marquerait une prise de conscience collective qui pourrait ramener vers nous les militant.e.s qui se sont éloigné.e.s de notre formation politique.
Dans un monde où les inégalités ne cessent de se creuser, dans un contexte de transformation et de raréfaction de l’emploi, face à l’urgence sociale et climatique, la social-démocratie ne peut rester muette. Elle se doit d’encourager le développement économique, social et culturel de la société de demain, tout en accompagnant et protégeant celles et ceux qui subissent les transformations de notre temps. Elle doit, comme l’affirmait déjà Jaurès à Albi en 1903, « surveiller exactement sa machine à filer ou tisser, pour qu’aucun fil ne se casse, et préparer cependant un ordre social plus vaste et plus fraternel où la machine sera la servante commune des travailleurs libérés ». La social-démocratie, qui a largement participé à sa création, doit être la garante de la permanence du modèle social français qui constitue un havre protecteur dans la mondialisation. L’Etat redistributeur, principal instrument de réduction des inégalités, doit désormais accomplir son rôle dans un contexte contraint. Pour que notre modèle ne s’essouffle pas, il est indispensable de réaffirmer notre méthode et de réinventer les instruments devenus obsolètes. Nous pensons qu’il y a là un chemin pour exprimer notre engagement.
Soyons audacieux, soyons curieux, soyons la gauche de transformation !
Premier(e)s signataires :
Rita Maalouf : Secrétaire nationale du Parti Socialiste aux droits des femmes et à la parité
Patrick Vieu : Conseiller fédéral du Tarn
Lysiane Louis : ex-candidate législatives 2017
Anthony Alarcon : Secrétaire fédéral du Gard
Céline Cammas : ex-conseillère fédérale
Olivier Delbos : Conseiller fédéral du Tarn
Xavier Garcia : Secrétaire fédéral des Hauts de Seine
Francis Hammer : ex-Secrétaire fédéral du Bas Rhin
Nadia Huberson : militante fédération Français de l’étranger
Marie-France Fari : Secrétaire fédérale Europe International du Val d’Oise